Présidentielle : parler du pays avant de compter les candidats.
Dans la gauche sociale-démocrate, les ambitions présidentielles se multiplient. Chacun veut rassembler, mais l’accumulation des candidatures donne surtout une impression de dispersion.
J’aimerais entendre davantage parler des salaires, du logement, de l’accès aux soins, de l’école et de la sécurité. Avec des priorités, des moyens et des engagements compréhensibles. Avant de choisir un nom, encore faut-il savoir pour quel projet.
Cette gauche doit aussi clarifier sa ligne. Pour moi, LFI et Jean-Luc Mélenchon incarnent une extrême gauche dont le projet et la conflictualité permanente représentent un danger politique. Un second tour Mélenchon–Le Pen serait une impasse pour le pays. Les sociaux-démocrates ont la responsabilité de proposer une alternative crédible à ces deux projets.
François Hollande entretient l’hypothèse d’un retour. Il assume pleinement son quinquennat, ses choix comme ses résultats, sans chercher à réécrire son histoire. Son expérience et cette constance méritent considération. Reste une question essentielle : que proposerait-il aujourd’hui de nouveau au pays ? Un retour ne peut convaincre que s’il ouvre une perspective différente pour l’avenir.
La candidature de Raphaël Glucksmann mérite d’être entendue. Il devra toutefois convaincre au-delà de son cercle et montrer comment ses propositions peuvent améliorer concrètement la vie des Français. J’attends aussi une ligne sociale-démocrate qui reste claire après l’élection.
Bernard Cazeneuve m’apparaît comme le candidat tranquille. J’apprécie sa sobriété, son sens de l’État et sa constance républicaine. Cette manière de faire de la politique me parle davantage. Il devra démontrer, lui aussi, que son projet peut réunir une majorité.
Raphaël Glucksmann, Jérôme Guedj, Philippe Brun et Ségolène Royal annoncent leur participation à la primaire. Karim Bouamrane reste candidat hors de ce cadre. Olivier Faure désormais candidat à la primaire. Boris Vallaud a choisi de soutenir Glucksmann, tandis que la Gauche républicaine et socialiste d’Emmanuel Maurel rejoint le processus sans annoncer de candidature à ce stade.
Les annonces, les démentis, les ambitions, les précautions : chacun son calendrier, chacun son scénario, chacun son petit morceau de présidentielle.
Cette primaire me laisse d’ailleurs perplexe. Pour participer sans adhérer à un parti, il faudra cotiser : 15 euros, ou 10 euros au tarif social. Ce montant me paraît excessif. La direction du PS a en outre obtenu que la charte n’exclue pas un accord avec LFI aux législatives, contrairement au souhait de Glucksmann. Faire payer la participation tout en laissant ouverte cette possibilité, c’est demander un engagement financier sans apporter la clarté politique attendue.
À voir cette multiplication des ambitions, j’ai parfois l’impression que certains annoncent l’Élysée en pensant à un ministère. La présidentielle ne devrait pas devenir une négociation anticipée de portefeuilles.
La social-démocratie a mieux à faire que d’additionner les candidatures. Avant de nous demander derrière qui nous ranger, qu’elle nous dise où elle veut nous emmener.
Sébastien BEDINI

